Homélie pour le 28ème dimanche de l’an B

Tirée du 2ème livre de la Sagesse, texte sans doute écrit au cours du 1er siècle avant Jésus Christ fait pour nous ce dimanche l’éloge de la Sagesse. La conviction de l’auteur est très forte : seule la sagesse conduit le monde dans la direction désirée par Dieu. Le sage, c’est celui qui sait mener sa barque contre vents et tempêtes. De toutes les richesses, la sagesse est le bien le plus précieux. Sans elle, la vie n’a pas de sens.

Cet éloge de la sagesse est placé dans la bouche de Salomon qui succéda à son père David. Salomon prend conscience du poids incommensurable de sa tache. Aussi demande-t-il à Dieu de lui donner un cœur ouvert et attentif. C’est ainsi qu’il pourra recevoir la sagesse qui saura le guider dans le gouvernement de son peuple. Que demandez de plus pour nous-mêmes, frères et sœurs, un cœur sage, simple, un cœur généreux, un cœur « sur la main » comme l’exprime la sagesse populaire.

Cette recherche de la sagesse est fondamentale. C’est comme un trésor extraordinaire. Mais pour l’acquérir, il faut être prêt à vendre tout, à renoncer à tout. Cette sagesse est d’abord le fruit de la prière, ce qui implique que je renonce un peu de mon temps pour les loisirs, les vacances pour me consacrer à la prière. La sagesse n’est pas une conquête de la raison mais un don de Dieu. Le Seigneur, si nous y sommes attentifs, est sans cesse présent et agissant dans la vie des hommes. Il n’attend qu’une chose, c’est que nous lui ouvrions la porte de notre cœur.

A côté de cet éloge de la Sagesse, nous avons celui de la Parole de Dieu. C’est l’extrait de la lettre aux Hébreux dans la seconde lecture. La Parole de Dieu ne se contente pas de nous instruire. Elle nous révèle à nous-mêmes tels que Dieu nous voit. Elle discerne ce qu’il y a de plus intime au cœur de chacun. Nous avons à la prendre au sérieux car elle vient de Dieu. Elle est même « la Parole vivante de Dieu ». Si nous l’accueillons, elle devient pour nous « source de vie ». Si nous lui résistons, elle nous brule. Plus nous la fréquentons – peut-on dire – plus elle nous fait prendre conscience de ce qui, en nous, est source de souffrance et d’inquiétude. Si nous l’accueillons, elle illumine notre vie. Elle nous donne le courage et la force de progresser sur le chemin du bien et de l’amour.

Avec l’Evangile, nous faisons un pas de plus. Jésus est l’Enfant sage par excellence. Même s’il a fugué en étant jeune c’est pour être à l’écoute de Dieu son Père. Ce n’est pas pour rien que Marie et Joseph le retrouve dans le Temple enseignant aux Docteurs de la Loi qui sont en extase devant son éloquence. Lorsque les disciples lui ont demandé : « Que faut-il faire pour te suivre ? » Jésus a répondu : TOUT. Tout donner, tout pardonner, tout quitter…

Nous aussi, nous pouvons demander au Seigneur qui nous donne d’être à l’écoute de la Parole de Dieu et qu’il mette en nous le désir d’observer ses commandements. Aujourd’hui, Jésus nous invite à tout abandonner pour être vraiment libre pour le suivre. Cet évangile nous rejoint. Nous vivons dans une société très attachée aux richesses de ce monde. En période de crise, la prévoyance nous recommande de garder nos biens pour voir venir. Mais l’évangile nous dit que Jésus ressuscité nous ouvre un trésor infiniment plus imposant que les pacotilles d’ici-bas. N’y restons pas attachés de manière exclusive. Jésus lui a tout donné jusqu’à offrir « son esprit ». Il est allé jusqu’au don de sa vie sur une croix.

Il y a une comparaison qui pourrait nous aider à comprendre cet évangile : c’est celle de la montgolfière. Pour qu’elle puisse s’envoler vers le ciel, il faut que toutes les fixations soient défaites et pour monter plus, il faut lâcher du lest. Tout ce qui nous alourdit, tout ce qui nous encombre. Sinon, c’est le vent qui va nous pousser vers des horizons qu’humainement parlant nous ne voudrions pas atteindre..

Le vrai bonheur c’est précisément d’aimer, de donner, de se donner. C’est là où se trouve la vraie sagesse suprême, bien plus précieuse que tous les trésors de ce monde. Aujourd’hui comme autrefois, Dieu continue à nous appeler. Célébrer l’Eucharistie c’est entendre cet appel et y répondre. C’est un engagement personnel de chacun. Saint Benoît recommandait à ses fils spirituels de « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Oui, c’est possible car tout est possible pour Dieu.

En ce jour, nous te supplions, Seigneur : donne-nous le désir de rechercher l’essentiel. Garde-nous à l’écoute de ta Parole. Garde-nous tout petits devant toi.