Homélie pour le dimanche 8 novembre 2014 : Dédicace de la Basilique du Latran. Bouvignes

L'apôtre saint Jean prend plaisir à citer bon nombre de gestes et de paroles de Jésus à l'approche des fêtes juives en particulier P âque. C'est à l'approche de la P âque juive que Jésus multiplie les pains, qu'il interroge ses disciples : « pour vous qui suis-je ? » ou annonce sa mort future : «  il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup et qu'il meurt ». C'est dans le cadre de la P âque qu'il purifie le temple, comme nous venons de l'entendre à l'instant.

De manière générale, nous pourrions nous interroger : que pensait Jésus du Temple de Jérusalem et de toutes les pratiques qui l'entouraient ? Nous savons que parmi les nombreux griefs adressés par le Sanhédrin lors du jugement devant Pilate était que Jésus avait déclaré : « Détruisez ce temple et moi en trois jours, je le reb âtirai ! » Cette parole était jugée blasphématoire. D'autre part, à la Samaritaine Jésus déclare que ce qui est important ce n'est pas d'abord de prier Dieu dans un lieu bien précis tel le Temple de Jérusalem comme pour les Juifs ou le mont Garizim, où les Samaritains avaient édifié un temple. L'évangéliste remarque aussi que le voile du temple se déchire au moment de la mort du Sauveur. Tout ceci pourrait démontrer que le temple de Jérusalem n'a guère d'importance aux yeux de Jésus et cependant il en parle aussi comme étant la Maison de son Père et qu'on ne doit aucunement la profaner pour en faire une maison de trafic.

Lorsque saint Paul évoquera les célébrations eucharistiques des Corinthiens, il leur recommande d'éviter les beuveries et les manques de charité parce qu'on ne partage pas fraternellement les provisions. Pour manger et pour vous amuser dit saint Paul rentrez chez vous, autrement gardons le lieu où est célébré l'eucharistie avec le respect qui lui est d û.

Alors que retenir de tout cela en ce jour de la fête de la Dédicace de la Mère de toutes les églises du monde : la dédicace, depuis l'an 320, de la Basilique du Latran, à Rome.

Tout d'abord le vrai et l'unique Temple de Dieu, c'est le corps immolé de son fils Jésus, immolé sur le bois de la croix, glorifié et rayonnant en son Esprit Saint.

Ce qui fait la dignité de chaque chapelle, église, basilique ou cathédrale c'est la présence du corps glorieux et sacrifié de Jésus, c'est la présence de la Sainte Eucharistie, le corps livré de l'Agneau sans tache qui nous délivre du poids du péché ; c'est cet Agneau contemplé par saint Jean dans le livre de l'Apocalypse : debout et en même temps sacrifié. Reporté au choeur de notre église, vous verrez du côté transpercé de l'Agneau, jaillit le sang de l'alliance nouvelle.

La dignité de chaque église dans le monde c'est l'autel. Il doit être soigné, illuminé, fleuri, propre et, pas trop encombré. C'est aussi le Tabernacle, où réside en permanence le corps de Jésus ce que nous rappelle la petite lampe sacramentaire. Nous ne pouvons pas entrer dans une église sans nous dire tout d'abord comme Jacob après son combat avec l'ange : «  Vraiment le Seigneur est présent en ce lieu et d'ajouter, en exprimant un regret, et je l'ignorais ! » Jacob édifiera par la suite un autel sur ce lieu saint. Dans nos villages, nos églises (mais il y a des exceptions) la croix au-dessus du clocher nous rappelle qu'ici est perpétré le mémorial du sacrifice que Jésus a fait de lui-même et les cloches nous rappellent simplement que Dieu nous attend pour le célébrer !

Mais nos chapelles et nos églises sont encore autre chose : elles sont pour nous le lieu où nous sommes devenus, nous-mêmes, par l'eau du baptême, les enfants bien-aimés de Dieu. « Ignorez-vous encore, dit saint Paul, que vos corps sont le Temple de l'Esprit Saint ? » Oui, ne perdons pas de vue qu'en ces lieux Jésus fait de nos propres corps le lieu par excellence de sa résidence. Et par la célébration du mémorial eucharistique, Jésus nous fait participer à son corps de gloire mieux ils resserrent les liens qui nous unissent pour former tous ensemble une portion de la grande Eglise universelle.

Fréquentons nos chapelles, nos églises avec le respect d û à la Maison de Dieu. Préparons nos coeurs chaque jour pour bien le recevoir. Demandons au Seigneur de le purifier, d'en extirper tout trafic indigne comme les pensées frivoles, les murmures et les radotages, les mouvements d'orgueil «  Moi je ! », d'amour-propre, de laisser aller, de négligence Demandons au Seigneur chaque matin de purifier nos corps et nos coeurs pour qu'ils soient moins indignes d'y accueillir le Christ, notre Sauveur, l'hôte parfait de nos tabernacles et du plus intime de nous-mêmes. Amen.