Homélie pour la Sainte Trinité

Nous nous souvenons de l’exclamation de Pilate pleine de dédain : «  Qu’est-ce que la vérité ? »

Or, frères et sœurs, nous avons besoin de la vérité pour donner un sens à notre vie : pour nous donner une raison d’être, une raison de vivre.

Dans ce domaine fondamental, l’homme reste –comme qui dirait- interdit devant, non pas tellement les différents sens de vie qu’on lui propose, mais plutôt devant le non-sens, l’absurdité de cette vie que certains n’hésitent pas à proclamer. Voyez Sartre, par exemple, tout sa philosophie est basée sur l’absurdité de la vie. C’est certain avec un tel présupposé, on ne va pas très loin …

Le mystère de la Sainte Trinité ne nous apporterait-elle pas avant tout un sens, une raison d’être à notre existence ? Laissons de côté les tenants de l’athéisme. Comme il est facile aujourd’hui de ne « pas croire », de « se laisser vivre ». Mais il suffit qu’une « tuile » tombe sur sa tête pour qu’il se tourne vers le ciel et le maudisse, preuve qu’après tout qu’il croît « quand même » qu’il y a « quelque chose » qui le dépasse.

Si nous croyons en Dieu, en quel Dieu croyons-nous ? En un Dieu vengeur ? En une sorte de « préposé au mazout éternel » nous tirant des éclairs de feu au moindre faux-pas ?

La Révélation de Dieu n’est pas la croyance en un Dieu suprême, ordonnateur du monde se désintéressant des êtres – nous -, qu’Il a créés. Il n’est pas un Dieu laissant le monde aller à son destin dans une superbe indifférence, comme le pensait Aristote.

La Révélation de Dieu, c’est la révélation d’un Dieu Amour : « Dieu est Amour », écrit saint Jean. Voilà la vérité suprême et si Dieu est Amour, Dieu est Bonheur ; Dieu est aussi le Don Suprême car l’Amour donne et se donne.

Mais cet Amour n’est pas clos sur lui-même ; il n’est pas « enfant de Bohême » : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment pas un monde hermétique, inaccessible. Notre Dieu est un Dieu qui s’ouvre, un Dieu qui s’offre. Le Père donne au monde le Fils, le Père et le Fils envoient l’Esprit et le sens que nous devons donner à notre existence, c’est celui qui parcourt, qui meut le Christ remontant vers son Père. Celui qui nous inspire à aller vers le Père, c’est l’Esprit venu nous apporter la Vérité.

La destinée humaine n’est plus un vase clos, elle sort de l’absurdité d’un monde replié sur lui-même (« mon Dieu comme je m’aime »). Nous sommes, chacune et chacun, des êtres désirés, aimés et appelés à l’Amour. Aussi comprenons-nous mieux l’exhortation de Saint Paul dans la seconde lecture : «  Soyez dans la joie et cherchez la perfection (sous-entendu la perfection de l’Amour). Encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. » Tant que préférerons nos petites querelles de ménage et nos jalousies, nous ne ferons pas avancer le monde. Nous ne sommes pas meilleurs que les jihadistes qui se font sauter au milieu de la foule, tuant des dizaines d’innocents.

La recherche de la perfection et de l’Amour commence par nous, chez nous. Il est urgent de retrousser nos manches pour faire advenir l’Esprit-Amour en nous. Oui, que la Trinité soit toujours avec nous. Puissions-nous entrer dans cette intimité du Dieu-Amour : trois personnes qui s’aiment dans l’unité de leur nature divine, qui s’aiment et veulent nous faire entrer dans leur Bonheur. Découvrons que nous sommes aimés de ce Dieu-Amour qui inspire tous nos Amours ici bas. Qu’Il nous aide à construire dans la sérénité et la foi, un monde plus juste, plus solidaire, plus responsable.

Surtout, soir et matin, qu’Il inspire nos prières. Avançons dès lors avec confiance dans cette vie reçue, offerte et suivons Jésus, notre Frère Bien-aimé, « notre Chemin, notre Vérité et notre Vie ». Amen

Fr. JB