29ème dimanche année C : Prier, c'est entrer dans le mystère de Dieu !

La prière ne doit surtout pas nous conduire au découragement : tel est l'enseignement qui se dégage de l' Evangile qui nous a été partagé.
Cependant, quand nous regardons notre expérience de priant, nous pouvons, à raison, nous interroger sur l'efficacité de la prière. Nous avons souvent l'impression que Dieu reste sourd à nos appels. Combien de chrétiennes, de chrétiens n'ont pas abandonné la Foi et le chemin de l'Eglise pour n'avoir pas été exaucé... !
Jésus nous convie à ne pas tomber dans le piège du découragement.
Il va même plus loin : il nous invite à prier avec plus d'insistance jusqu'à friser l'indécence.
Certains feront remarquer que si Dieu est infiniment juste, bon et qu' Il sait toute chose : à quoi bon cette insistance ! Cette pertinente réflexion nous invite à nous poser la question : au fond, qu'est-ce prier ?
La prière c'est d'abord une relation. Une relation amoureuse entre Jésus et nous, une relation et non un contrat du style : « Je te donne, tu me donnes » ou « Je te le demande car j'y ai droit ».
La prière c'est une relation où je ne cherche pas d'abord à me faire plaisir qu'à faire plaisir et accueillir l'autre comme il se donne à moi et à m'adapter à son tempérament. Nous avons toutes et tous été un jour amoureux. Même les célibataires les plus endurcis parmi nous, qu'ils ne me disent pas qu'ils n'ont été un jour amoureux ! Et quand je suis amoureux, je suis soudain comme pris de vertige : je suis prêt à renoncer à ma volonté propre. Je suis prêt à tous les sacrifices, à toutes les pirouettes pour attirer l'être aimé et surtout pour lui plaire !
La prière c'est cela : une relation avec une personne que j'aime et qui m'aime.
Si Dieu est compris comme une réalité transcendante qui, de ses nuages, tel un préposé à un mazout éternel, nous jette des tuiles sur la tête ou nous foudroie au moindre faux pas, alors nous comprenons que la relation est pipée d'avance. Par contre, si Dieu est pour moi une personne à part entière, un véritable vis-à-vis, un visage d'amour et de bonté qui m'aide à me construire et à grandir par la grâce de la relation qui m'unit à lui, àlors la prière, à toute sa raison d'être !
La prière c'est une relation amoureuse basée sur la confiance, sur la réciprocité.
Croyez-moi, Dieu ne reste jamais sourd à nos appels. Le problème vient que trop souvent notre prière de demande contient déjà la réponse espérée.
Exemples : « Seigneur, rends-moi intelligent ». Toute ma vie je n'ai rien foutu et d'un coup de baguette magique, il faudrait que je devienne prix Nobel ... ?
« Seigneur, rends-moi plus beau ». Nous imaginons peut-être que Dieu est pionnier dans la chirurgie esthétique ... nous nous faisons des illusions.
« Seigneur, rends-moi plus fort ». A ton âge tu ferais mieux de te décarcasser et de faire un peu de fitness au lieu de gémir et te plaindre.
Nos prières de demande contiennent déjà le souhait demandé et non cette réciprocité, cette relation, cette confiance avec le Seigneur ! Prenez par exemple le début de la prière de Charles de Foucauld : « Seigneur, je m'abandonne à toi, fais de moi tout ce qu'il te plaira » et nous savons où cette terrible prière l'a conduit !
Pour nous, croyants, la seule vraie prière de demande c'est celle que nous exprimons dans le « Notre Père » qui demande à Dieu de faire sa volonté sur la terre comme au ciel. Ce serait faire injure à Dieu de croire qu'il ne veut pas d'abord notre bonheur.
Car c'est cela la prière : une relation basée sur la confiance et qui nous rend HEUREUX.
Nous comprenons mieux qu'il ne s'agit de demander de gagner l' « euromillion » même si c'est pour réparer le toit de l'église paroissiale. Au delà de nos exigences humaines, la prière est une chemin privilégié qui m'introduit dans le mystère de Dieu. Dieu qui se donne à nous. Dieu qui se révèle par des chemins que nous connaissons mal ou que nous empruntons trop peu souvent : la patience, la bienveillance, la maîtrise de soi, la joie, la paix et surtout la voie sacrée du pardon.
Enfin, n'oublions pas que le temps de Dieu n'est pas le nôtre. Dieu aime par et pour l'éternité.
Nos prières de demande sont trop souvent comme les publicités qui envahissent notre quotidien. La télévision, la radio, les quotidiens sollicitent sans fin notre immédiateté. Il faut tout, tout de suite et sans contrainte quitte à se retrouver sans un cent à la fin du mois. Il nous est dès lors bien difficile de comprendre que le Seigneur ne nous exauce pas tout de suite. Aussi, ne nous décourageons pas. Restons fermes. Soyons tenaces. Gardons confiance. Voyez les combattants d' Israël qui jadis soutenaient les bras de Moïse pour que le peuple hébreu soit victorieux de ses ennemis (Exode 17, 8-13). Et si nous sommes découragés sachons, à l'exemple de Moïse, avec humilité - car il faut en avoir - demander aux autres de prier pour soi. Ils m'aident ainsi à être un nouveau Moïse : à garder les mains levées pour prier, intercéder et louer Dieu. Nous comprenons mieux l'importance de nos célébrations dominicales où nous ne sommes pas tout seul dans notre coin à gémir ou à bavarder ; louons Dieu ensemble, en peuple de Dieu ; montrons-nous également solidaires, souder les uns aux autres, dans cette relation privilégiée avec le Seigneur qui s'appelle : la prière !
Que l'invitation de Jésus, ce matin, de prier sans nous décourager soit prise au sérieux. L'évangile ne dit-il pas : « Dieu fait justice à ceux qui vient vers lui, de jour et de nuit ». Demandons pour nous-même et pour l'assemblée que nous formons ce matin dans cette église plus de foi. Cette foi, cette confiance élémentaire qui nous manque tellement aujourd'hui.
Alors, la prière sera à l'exemple de l'arc-en-ciel qui, jadis, dans le livre de la Genèse, unit la terre et le ciel. Alors la prière sera cette louange qui soude les hommes à leur Seigneur et à leur Dieu. Entrons toujours plus loin dans cette relation d'amour qui nous unit à Jésus sachant que l'amour qui s'y donne nous rendra toujours plus heureux. Amen.